GRAFTECH: un fleuron de l'industrie de la vallée condamné ?

Publié le par Nadine REYDET

Le feu allumé voici 17jours et qui brûle jour et nuit est précieux ...

Le feu allumé voici 17jours et qui brûle jour et nuit est précieux ...

GRAFTECH : UN FLEURON DE L’INDUSTRIE DE LA VALLEE CONDAMNE ??
LE COMBAT CITOYEN DES SALARIES ET DE TOUTE LA VAL
LEE

PETITE USINE MAIS production DE HAUT NIVEAU : Situé à Notre Dame de Briançon, commune de la Léchère, 5 km avant Moûtiers, GRAFTECH emploie 51 salariés. Cette petite unité voisine avec deux plus grandes, FERROPEM spécialisée dans la production du Silicium et Carbone Savoie qui produit des électrodes… Graftech, petite unité mais d’où sortent des produits de pointe, des produits d’avenir liés au nucléaire, le graphite qui en sort a, entre autres, une capacité de conduire le courant sous des températures de milliers de degrés.

UNE FERMETURE INCOMPREHENSIBLE : L’entreprise est florissante, sa réputation est au summum et le carnet de commande est bien rempli.

En Mars 2015 quelle ne fut pas la surprise d’apprendre de la part de la direction que le site allait devoir fermer à cause de problèmes économiques du groupe. Il faut dire que depuis des années, sous prétexte d’échanges, de collaboration, de bonne relations dans le groupe, les savoirs faire patiemment mis au point par les salariés de l’usine étaient copiés, filmés et emmenés … au siège international de Graftech ? Le démantèlement du site de Notre Dame de Briançon était sans doute déjà programmé depuis pas mal de temps, non en raison de ses faiblesses mais, au contraire, pour s’en approprier les performances.

ON DEMENAGE LES MACHINES : Dès le mois de septembre 2015 la production s’arrête. On commence à déménager des machines vers l’autre usine du groupe qui se trouve en Italie. Les autres machines sont démontées, emballées, prêtes à être expédiées.

REPRENEUR : Il faut savoir qu’un repreneur crédible et de plus ayant une entreprise en Savoie est intéressé. Des négociations sont annoncées entre Graftech et le repreneur sous l’arbitrage de représentants du gouvernement…Il ne faudrait pas qu’en fait de reprise il se trouve devant une coquille vide. Mais il apparait que Graftech est plus préoccupé de vider l’usine de ses machines que de négocier avec un repreneur. Il ne veut sans doute pas que subsiste un concurrent qui possède sa technologie.

LA RESISTANCE S’ORGANISE : Dès l’annonce de la fermeture programmée les salariés s’opposent au démantèlement de leur usine : grève, manifestation, montée à Paris. Mais ils ne peuvent pas, tout seuls, s’opposer efficacement à ce projet. D’autre part, les maires et l’ensemble des élus de la vallée ont conscience de la gravité de la perte de ce maillon de l’industrie locale. Avec un large soutien de la population ils entrent en résistance. A la demande des élus du département l’accès de l’usine est barré par les engins de la DDE. Puis ce sont les engins de la commune qui prennent le relais. Chaque jour plusieurs camions venus déménager des machines doivent faire demi-tour. Mais parfois, comprenant l’enjeu de la lutte, il arrive qu’ils fraternisent avec ceux qui leur barrent l’accès à l’usine.
On apprend que les négociations avec le repreneur sont retardées. Du coup c’est une occupation permanente qui s’organise, jour et nuit, pour faire obstacle à la manœuvre de dépouillement de l’usine.

Tenir : un défi qui s’impose : mais que c’est dur ! Après 11 jours d’occupation jour et nuit, arrive le jugement mettant en demeure la commune de retirer les engins pour libérer l’accès. Désormais faudra-t-il que ce soient les membres du « comité citoyen » qui devront faire barrage par une chaine humaine?

NOUS, CHRÉTIENS ENGAGES EN MONDE OUVRIER,

QUEL REGARD PORTONS NOUS SUR CES ÉVÉNEMENTS ?
QUE POUVONS-NOUS PENSER ET … DIR
E ?

1-Dans la décision de fermer une usine, de licencier les travailleurs, de priver une vallée d’un outil performant et rentable et d’une source de revenu pour la vallée et ses habitants, nous voyons à l’œuvre un système, une société qui se construit autour de la finance pour le profit et non plus pour les hommes.
C’est un mépris et un sabotage de 100 ans de travail humain : on confisque un outil sur lequel des générations d’hommes et de femmes ont investi leur énergie et leur savoir-faire acquis en travaillant et en se formant.
2-Un groupe économique fait fi de l’avenir d’une vallée et de ses habitants, prêt à empêcher la poursuite de l’activité par un repreneur pour ne pas avoir un quelconque concurrent dans le futur. Cette volonté de détruire s’inscrit dans une guerre économique. Où est l’humain qui, à nos yeux, sous-tend tout l’Evangile ?
3- Et le devenir des salariés ?

  • Des reclassements inacceptables : par exemple, mutation à l’usine d’Italie avec un salaire diminué d’un tiers.
  • On tente d’acheter l’inertie des salariés face au dépouillement de l’usine par une rallonge à la prime de licenciement.
  • Un DRH arrive d’en haut, vient gérer (muscler) la manœuvre de fermeture.
  • Le dernier jour de travail on somme les salariés de quitter précipitamment le lieu de travail sous prétexte de sécurité. Et on menace de sanctions les deux délégués CGT et CGC pour avoir contesté ces méthodes. Des salariés sont choqués, en arrêt médical depuis. On leur reproche même d’avoir prolongé la pause de midi alors que c’était le dernier jour de travail après 20 ans de présence pour certains.
    un élu régional faisait ce commentaire de l’incident : « le personnel traité comme des voyous par des financiers »

Croyants en Jésus-Christ, DES signes qui nous parlent : La résistance se poursuit, avec de nombreux élus, militants et habitants de la vallée. Elle fait chaud au cœur. Dans cette « foi en l’humain » qui fait bouger et tenir ces femmes et ces hommes, nous reconnaissons le combat auquel le Christ nous appelle pour une humanité debout. « Notre combat est dur, mais il n’est pas triste », proclamait jadis un militant de l’ACO. Devant Graftech, jour et nuit, c’est dur, mais c’est pas triste. Le soir, parfois, l’accordéon apporte une note de gaieté dans la tension qui se vit. Un autre soir ce sont même des pas de danse que l’on a amorcé. Le feu allumé voici 17 jours et qui brûle jour et nuit est précieux pour permettre aux organismes de tenir sous le froid de ce début d’automne. Dans la nuit des sombres projets qui se trament il porte la flamme de la résistance qu’il faut entretenir.
Tenir ! Quelques jours après la mort de Jésus, un feu de braise avait accueilli les pêcheurs du lac, ses disciples, qui avaient bien du mal à croire que la vie puisse ressurgir alors qu’elle paraissait définitivement vaincue. Ce feu c’est Jésus lui-même qui l’avait allumé. Avec les quelques poissons tirés de leurs filets et rôtis sur la braise, sa présence avait réveillé en eux l’espérance.

le 7 octobre 2015

Pour le Comité Diocésain de la Mission Ouvrière

Bernard ANXIONNAZ

Georges ROCHE

prise de parole du maire et de son conseil municipal devant un des nombreux rassemblements des salariés et citoyens...

prise de parole du maire et de son conseil municipal devant un des nombreux rassemblements des salariés et citoyens...

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